Restitution du Grand débat national : analyses et synthèses

Associations, syndicats, élus locaux, représentants de l’administration, mais également membres du Gouvernement et grands garants : plus de 500 personnes étaient réunies hier au Grand Palais pour la restitution du Grand Débat National.

L’analyse des garants

Si le grand débat a « globalement rempli ses objectifs » aux yeux des garants qui ont veillé à sa sincérité, ceux-ci ont exprimé quelques critiques. La garante Nadia Bellaoui, secrétaire générale de la Ligue de l’Enseignement, a formulé « deux réserves » :

  • premièrement, « les thèmes ont été fixés par le chef de l’État. Les questions et la documentation officielle […] s’inspirent directement de sa lettre aux Français. Les questions rattachées à chacun des thèmes nous ont paru plus problématiques du fait de leur formulation excessivement binaire qui a nourri des critiques justifiées sur leur caractère orienté » ;
  • par ailleurs, le collège des garants a estimé que « l’implication personnelle du Président de la République », son « hypermédiatisation », ont pu « nourrir le doute sur la nature et l’objectif du grand débat national et a en tout cas polarisé l’attention sur le chef de l’État en occultant pour le grand public la richesse de la parole publique qui en était le véritable enjeu ».

Les garants ont toutefois précisé que ces réserves ne remettent pas en cause « l’impartialité globale du grand débat ».

Parmi les points positifs, ils ont d’ailleurs pointé le grand nombre « d’initiatives entreprises par les organisateurs des grands débats », ainsi que la transparence du processus de collecte et de restitution de cette initiative inédite, dont le Hackathon de l’Assemblée nationale.

Nadia Bellaoui a également souligné que « grâce aussi à une couverture médiatique intense, le grand débat se sera déroulé sous le regard des Français”, a pointé Nadia Bellaoui.

Les synthèses

L’institut de sondage Opinion Way s’est chargé d’étudier l’ensemble des contributions effectuées sur Internet, sur le site officiel du grand débat national.

Le sujet de la fiscalité est l’un des plus mis en avant par les contributeurs.

34,7% des participants au grand débat en ligne souhaitent que l’impôt sur le revenu soit payé par tous, 28,2% souhaitent un système fiscal plus simple, 27,8% réclament des impôts plus élevés pour les plus aisés, 11,8% veulent la suppression des niches fiscales.

Néanmoins, seulement 10,3% demandent le rétablissement de l’ISF, revendication forte des gilets jaunes. D’autre part, pour réduire les dépenses publiques et financer la redistribution sociale, 52% des contributeurs sont favorables à l’instauration de « contreparties » aux différentes allocations de solidarité. A noter également : 22% sont d’accord pour reculer l’âge de départ à la retraite et 24% considèrent qu’il faut augmenter la durée légale du temps de travail.

Les contributeurs ont également fait émerger plusieurs revendications concernant nos institutions démocratiques.

57% souhaitent que le vote devienne obligatoire, 69% demandent aussi que le vote blanc soit réellement pris en compte. 42% voudraient que le recours au référendum d’initiative partagée, effectif depuis quelques années, soit facilité avec des seuils plus bas, et 5,8% voudraient l’associer au RIC (référendum d’initiative populaire) réclamé par les gilets jaunes.

Par ailleurs 86% des contributeurs demandent une réduction du nombre de parlementaires, 42,2% sont favorables à l’introduction de la proportionnelle aux élections législatives.

Sur la transition écologique, 59% des contributeurs demandent à ce qu’elle soit financée par le budget général de l’État. 32% estiment ne pas pouvoir se passer de leur voiture, 55% considèrent que l’augmentation des taxes sur le diesel et l’essence n’est pas une solution.

L’intervention du Premier Ministre

Édouard Philippe a développé son propos autour de quatre points majeurs.

Une immense exaspération fiscale, qui n’est pas récente : son Gouvernement en assume sa part de responsabilité et il en a tiré les conséquences, notamment en annulant la hausse de la taxe carbone, après avoir baissé les cotisations sociales, la taxe d’habitation et l’impôt sur les sociétés dès 2017.

Il a relevé que les débats indiquent clairement la direction à prendre : une baisse plus rapide des impôts.

Il a également pointé que les Français ont aussi compris qu’on ne peut pas baisser les impôts si on ne diminue pas la dépense publique. Ils n’ont pas simplement dit qu’il faut baisser les impôts, ils ne disent pas non plus qu’il faut creuser la dette. Ils encouragent le Gouvernement à être courageux.

La deuxième exigence est une exigence de fraternité, de proximité, de liens quotidiens.

Quand le service public ferme ou déménage, c’est l’État, le dernier rempart, qui abandonne aussi.

Il propose comme première réponse à ce profond malaise de rétablir l’équilibre entre les métropoles et leurs communes proches et d’adapter nos services publics pour qu’ils redeviennent des services de « contact », simplifiés sans pour autant s’appuyer uniquement sur leur volet numérique : une organisation de l’État avec moins de normes, plus de solutions et où le service aux usagers devra primer.

La troisième exigence est démocratique.

Édouard Philippe a ainsi annoncé vouloir renouer avec une forme de confiance, pour réconcilier les Français avec celles et ceux qui dirigent le pays.

Il s’agirait en premier lieu de mieux identifier « qui fait quoi » dans le millefeuille actuel, mais également de construire les outils d’une démocratie plus délibérative, plus représentative, plus transparente, plus efficace.

La dernière exigence est une urgence, celle de la question climatique.

Les contributions au grand débat ont démontré que les Français en ont une claire conscience. S’ils se disent prêts à changer de comportement dans un grand nombre de domaines, ils ne veulent plus que leur conduite soit dictée par des taxes, sauf dans certains cas où leur produit financerait alors des dispositifs d’accompagnement.

Le temps est désormais celui de la construction d’un « agenda de solutions », partagé entre l’Exécutif et le Parlement.

Commenter

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*