École de la confiance : rétablir la vérité

Le projet de loi « École de la confiance » a été adopté en première lecture à l’Assemblée nationale le 19 février.

Nombre d’inquiétudes, légitimes, ont depuis lors été exprimées, tant par le personnel de l’Éducation nationale que par les parents d’élèves.
 
C’est pourquoi il me paraît important de revenir sur un certain nombre de ces appréhensions, et, surtout, de rétablir la vérité face à des affirmations caricaturales ou inexactes.

 

1) « Les écoles primaires, « à taille humaine », adaptées aux enfants, deviendront des Établissements Publics des Savoirs Fondamentaux »

 

  • Pour mémoire, les « établissements publics des savoirs fondamentaux », créés par le projet de loi, permettront de regrouper des écoles et collèges au sein d’un même établissement. Cette nouvelle organisation, loin d’éradiquer les établissements à taille humaine, permettra, pour les établissements qui le souhaitent, d’éviter les effets de césure entre l’école et le collège : elle crée une vraie continuité dans le parcours scolaire de l’élève.

 

  • Premier principe : le dispositif est subordonné à l’accord préalable des collectivités et n’a aucun caractère d’obligation. C’est à l’initiative des collectivités territoriales que ces établissements verront le jour. Ainsi, aucun projet ne verra le jour sans l’accord du ou des maires concernés et du conseil départemental.

 

  • Deuxième principe : le projet n’implique pas la disparition des directeurs d’école. Chaque école du réseau conserve un responsable de site, qui est l’interlocuteur au quotidien des familles et de la municipalité. Le niveau de décharge de chacun des actuels directeurs d’école sera conservé, ainsi que son niveau indemnitaire.

 

2) « Le périmètre scolaire n’existera plus »

 

  • Le projet de loi ne touche en aucun cas à la carte scolaire, il permet au contraire d’éviter que des dispositions ne puissent être utilisées à des fins d’évitement d’établissements et de contournement de la carte scolaire.

 

3)  « Les villes devront financer encore plus d’écoles privées, au détriment du service public libre et gratuit ! »

 

  • L’extension de l’instruction obligatoire aux enfants âgés de trois à cinq ans ne constitue en aucun cas une faveur qui serait accordée aux écoles privées, mais l’application des dispositions de la Constitution en matière d’extension de compétence.

 

  • Seules les communes qui ne versaient pas de forfait communal pour une école maternelle privée sous contrat d’association – puisqu’elles n’avaient pas donné leur accord à la mise sous contrat de l’école – seront éligibles à cet accompagnement financier. Pour celles qui avaient déjà donné leur accord, les modalités de financement restent inchangées, puisqu’elles avaient déjà choisi, dans le cadre de leur libre administration, de faire de cette dépense une dépense obligatoire.

 

  • Le projet de loi n’ouvre donc pas droit, en lui-même, à augmentation ou accompagnement de cette dépense préexistante. L’abaissement de l’âge de l’instruction obligatoire est une mesure dans l’intérêt de la réussite de tous les enfants et qui ne modifie pas les grands équilibres fondamentaux entre enseignements public et privé, à compter de la rentrée 2019 ou pour les rentrées scolaires suivantes.

 

4) « De plus en plus d’enseignant.es seront recruté.es sans formation ! »

 

  • Il est ici fait référence aux mesures en faveur du pré-recrutement. Ces mesures prévoient de confier des fonctions d’enseignement aux assistants d’éducation (AED) s’ils préparent les concours de l’enseignement. Il s’agit de leur permettre de se familiariser tôt avec la pratique afin de leur permettre d’affiner leur choix et d’être mieux préparés à leur métier.

 

  • Le dispositif donne la possibilité aux étudiants, dès la L2, de s’approprier progressivement l’environnement scolaire et l’exercice du métier d’enseignant, notamment à travers un contrat de préprofessionnalisation de 3 ans, jusqu’au concours.

 

  • Loin d’introduire des enseignants non formés, il s’agit d’une grande mesure sociale qui permettra aux étudiants d’exercer, auprès des professeurs, des fonctions pédagogiques et d’assistants d’éducation. Elle permettra aux boursiers ou aux personnes précaires de pouvoir aller au bout de leurs études.

 

5) « Un lycée à deux vitesses »

 

  • Il n’est pas question de la réforme du lycée dans la loi « École de la confiance », cette accusation ne vise donc pas le bon texte. C’est dans le cadre de la réforme du bac, annoncée l’année dernière suite à une très large consultation, notamment auprès des lycéens eux-mêmes, que la scolarité au lycée est modifiée.

 

  • Au lycée, tous les élèves bénéficieront en première et en terminale du même socle de connaissances communes : français, philosophie en terminale, histoire géographie, enseignement moral et civique, deux langues, EPS et un nouvel enseignement scientifique.

 

  • S’agissant des options, les lycéens choisiront trois enseignements de spécialité (parmi les 12 qui sont créés) en première puis deux en terminale. Plus de 90 % des lycées proposeront au moins 7 spécialités sur 12 : il s’agit donc d’une avancée notable par rapport à la situation actuelle, où les élèves sont limités au choix de trois spécialités : L, ES et S.

 

6)  « Un lycée professionnel sacrifié au nom de l’apprentissage »

 

  • Là non plus, ça n’est pas le bon texte qui est mis en cause. La réforme du lycée professionnel, engagée suite au rapport remis par Céline CALVEZ, doit permettre d’améliorer l’insertion des bacheliers professionnels.

 

  • Les chiffres montrent que les élèves formés par apprentissage bénéficient d’une insertion professionnelle plus rapide. Des mesures concrètes sont donc prévues pour développer l’apprentissage et notamment celle d’ouvrir la plupart des établissements à ce système.

 

  • La refonte complète des enseignements généraux doit permettre l’acquisition d’un ensemble de connaissances et de compétences communes. En aucun cas le français, l’histoire-géographie et l’éducation morale et civique (qui forment une seule discipline au lycée professionnel) ne sont affaiblis par la réforme, qui doit favoriser les cours en co-intervention, où les professeurs de français et de mathématiques viennent en appui d’un contenu technique. Les lycéens auront également davantage d’heures de soutien scolaire, et la possibilité de dédoubler les classes sera renforcée.

 

7) « Des enseignants condamnés au silence »

 

  • Cette assertion fait référence à l’article 1, qui réaffirme l’engagement et l’exemplarité des personnels de l’Éducation nationale, ni plus ni moins.

 

  • Il s’agit, au contraire, de revaloriser le corps professoral et les responsabilités importantes qui leur incombent. Le devoir de réserve, auquel tous les fonctionnaires sont soumis, existe depuis longtemps. Il n’est ni amendé ni renforcé à travers cet article 1.

 

Je sais la place centrale qu’occupe l’Éducation nationale dans notre quotidien et notre pays, ainsi que les enjeux d’avenir que son évolution recouvre. L’attention dont elle bénéficie témoigne une nouvelle fois de l’intérêt que toutes et tous nous portons au fonctionnement de notre société.

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