Le muguet, la rose et le narcisse

C’était à s’y tromper : le premier mai est-il bien encore le jour chômé, la « fête du travail » ou un nouveau jour d’exaltation de la foi catholique ?

Les médias ont retransmis ou commenté les défilés syndicaux clairsemés et le rassemblement massif des chrétiens arrivés à Rome pour la « béatification » de Jean-Paul II comme un saisissant contraste.

Comme si l’espérance n’était plus de ce monde (sauf miracle) pour les travailleurs, le « bienheureux » rassemblait des foules manifestement émues.

À cette occasion, François Fillon assistait à l’événement sans que nul ne l’interroge sur la laïcité et sur la séparation rigoureuse des églises et de l’Etat dans notre République.

Après Sarkozy, fier chanoine de Latran, préférant le pasteur à l’instituteur, rappelant sans cesse « les racines chrétiennes » de l’Europe – pour mieux stigmatiser ceux qui ont d’autres racines -, voilà le Premier Ministre en pèlerinage.

Médiatiquement au moins, le message à percevoir était clair : battre le pavé rituellement pour la cause des travailleurs, au moment où ils trinquent le plus ne sert à rien, tandis que ressusciter et pérenniser la pensée et l’action de Jean-Paul II, pape certes populaire mais profondément réactionnaire, voilà ce qui importe.

Ce même premier mai, Marine Le Pen se pose en passionaria du monde ouvrier et de la liberté, à l’ombre de la statue parisienne de Jeanne d’Arc.

Résumons : les « gauchos » rament à contre-courant, les cathos squattent l’actualité du 1er mai et les fachos draguent les « prolos ».

Socialistes, il nous incombe de participer à un nouvel élan progressiste, de contribuer à le créer, d’organiser les présences médiatiques sur les enjeux majeurs (éducation, santé, avenir des jeunes) et de redonner l’espoir à ceux qui travaillent dur ou chôment dans la pauvreté.

Plus compliqué que les primaires ! Quelles que soient les qualités des candidats présents ou à venir, la part de tactique inhérente à cet exercice est ressentie comme un bal des prétendant(e)s plus préoccupé(e)s à ajuster leurs atours qu’à exercer in fine le pouvoir au service du peuple.

Difficile d’offrir en partage la rose au poing, le narcisse à la boutonnière.

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